Francis Ponge Clarysse

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BACQUET Clarysse I STL Anthologie sur Franci Sni* to View l. Préface 1) Mon choix des poèmes J’ai choisi ces 4 poèmes parce qu’il y a un lien thématique : les saisons. Ces poèmes sont ceux qui m’ont le plus plu parce qu’ils sont simples à comprendre et sont plus concrets que les autres. Ils représentent le temps qui passe. 2) L’auteur Francis Ponge est né à Montpellier en 1899, Francis Ponge est issu d’une famille protestante. Il fait des études brillantes avant de se présenter au concours de l’Ecole Normale Supérieure où il mot poème.

En 1937, il entre au Parti Communiste Français et n 1942, il publie Le Parti Pris des Choses qui marque son entrée dans le monde littéraire. Le Parti Pris des Chose est un receuil de poeme en prose. Il dira plus tard de ce recueil : « C’est le livre de moi qui m’a fait connaître un peu. Il quitte le PCF en 1947 et acquiert une renommée internationale alors qu’il est professeur à l’alliance française. Il publie Proêmes en 1948, La Seine en 1950, La Rage de l’Expression en 1952, Le Soleil placé en abîme en 1954, Pour un Malherbe en 1965 ainsi que divers textes sur la peinture.

Il écrira jusqu’à sa mort, expliquant sa recherche de « l’épaisseur des ots » et son approche de la littérature, sa manière d’écrire que l’on retrouve dans La Fabrique du pré (1971). Il meurt à Bar-sur- Loup le 6 août 1988. La Pluie La pluie, dans la cour où je la regarde tomber, descend à des allures très diverses. Au centre c’est un fin rideau (ou réseau) discontinu, une chute implacable mais relativement lente de gouttes probablement assez légères, une précipitation sempiternelle sans vigueur, une fraction intense du météore pur.

A peu de distance des murs de droite et de gauche tombent avec plus de bruit des gouttes plus lourdes, individuées. Ici elles semblent de la grosseur d’un grain de blé, là d’un pois, ailleurs presque d’une bille. Sur des tringles, sur les accoudoirs de la fenêtre la pluie court horizontalement tandis que sur la face inférieure des m les accoudoirs de la fenêtre la pluie court horizontalement tandis que sur la face inférieure des mêmes obstacles elle se suspend en berlingots convexes.

Selon la surface entière d’un petit toit de zinc que le regard surplombe elle ruisselle en nappe très mince, moirée à cause de courants très variés par les imperceptibles ondulations et bosses de la couverture. De la gouttière attenante où elle coule avec la contention d’un ruisseau creux sans grande pente, elle choit tout à coup en un filet parfaitement vertical, assez grossièrement tressé, jusqu’au sol où elle se brise et rejaillit en aiguillettes brillantes. Chacune de ses formes a une allure particulière: il y répond un bruit particulier.

Le tout vit avec intensité comme un mécanisme compliqué, aussi précis que hasardeux, comme une horlogerie dont le ressort est la pesanteur d’une masse donnée de vapeur en précipitation. La sonnerie au sol des filets verticaux, le glouglou des outtières, les minuscules coups de gong se multiplient et résonnent à la fois en un concert sans monotonie, non sans délicatesse. Lorsque le ressort s’est détendu, certains rouages quelque temps continuent à fonctionner, de plus en plus ralentis, puis toute la machinerie s’arrête.

Alors SI le soleil reparaît tout s’efface bientôt, le brillant appareil s’évapore : il a plu. La fin de Vautomne Tout l’automne à la fin n’est lus u’une tisane froide. Les feuilles mortes de toutes e èrent dans la fin n’est plus qu’une tisane froide. Les feuilles mortes de toutes essences macèrent dans la pluie. Pas de fermentation, de création d’alcool : il faut attendre jusqu’au printemps l’effet d’une application de compresses sur une jambe de bois. Le dépouillement se fait en désordre. Toutes les portes de la salle de scrutin s’ouvrent et se ferment, claquant violemment.

Au panier, au panier! La Nature déchire ses manuscrits, démolit sa bibliothèque, gaule rageusement ses derniers fruits. Puis elle se lève brusquement de sa table de travail. Sa stature aussitôt paraît immense. Décoiffée, elle a la tête dans la brume. Les bras ballants, elle aspire avec délices le vent glacé qui lui afraichit les idées. Les jours sont courts, la nuit tombe vite, le comique perd ses droits. La terre dans les airs parmi les autres astres reprend son air sérieux. Sa partie éclairée est plus étroite, infiltrée de vallées d’ombre.

Ses chaussures, comme celles d’un vagabond, s’imprègnent d’eau et font de la musique. Dans cette grenouillerie, cette amphibigulté salubre, tout reprend forces, saute de pierre en pierre et change de pré. Les ruisseaux se multiplient. Voilà ce qui s’appelle un beau nettoyage, et qui ne respecte pas les conventions! Habillé comme nu, trempé jusqu’aux os. Et puis cela dure, ne sèche pas tout de suite. Trois mois de réflexion salutaire dans cet état; sans réaction vasculaire, sans peignoir ni gant de crin.

Mais sa forte constitution y résiste. PAGF état; sans réaction vasculaire, sans peignoir ni gant de crin. Mais sa forte constitution y résiste. Aussi, lorsque les petits bourgeons recommencent à pointer, savent-ils ce qu’ils font et de quoi il retourne, – et s’ils se montrent avec précaution, gourds et rougeauds, c’est en connaissance de cause. Mais là commence une autre histoire, qui dépend peut-être ais nia pas l’odeur de la règle noire qui va me servir à tirer mon trait sous celle-ci.

Le papillon Lorsque le sucre élaboré dans les tiges surgit au fond des fleurs, comme des tasses mal lavées, — un grand effort se produit par terre d’où les papillons tout à coup prennent leur vol. Mais comme chaque chenille eut la tête aveuglée et laissée noire, et le torse amaigri par la vérltable explosion d’où les ailes symétriques flambèrent, Dès lors le papillon erratique ne se pose plus qu’au hasard de sa course, ou tout comme. Allumette volante, sa flamme n’est pas contagieuse. Et ‘ailleurs, il arrive trop tard et ne peut que constater les fleurs écloses.

N’importe : se conduisant en lampiste, il vérifie la provision d’huile de chacune. Il pose au sommet des fleurs la guenille atrophiée qu’il emporte et venge ainsi sa longue humiliation amorphe de chenille au pied des tiges. Minuscule voilier des airs maltraité par le vent en pétale superfétatoire, il vagabonde au jardin. Le cycle des saisons Las de s’être contractés tout l’hiver les arbres tout à coup se flattent d’être dupes. Ils ne peuvent plus y tenir : ils lâchent leurs paroles, un flot, un vomissement de vert. Ils tâchent d’aboutir ? une feuillaison complète de paroles. Tant pis!

Cela s’ordonnera comme cela pourra! Mais, en réalité, cela s’ordonne! Aucune liberté dans la feuillaison… Ils lancent, du moins le croient-ils, n’importe quelles paroles, lancent des tiges pour y suspendre encore des paroles : nos troncs, pensent-ils, sont là pour tout assumer. Ils s’efforcent à se cacher, à se confondre les uns dans les autres. Ils croient pouvoir dire tout, recouvrir entièrement le monde de paroles variées : ils ne disent que « les arbres » Incapables même de retenir les oiseaux qui repartent d’eux, lors qu’ils se réjouissaient d’avoir produit de si étranges fleurs.

Toujours la même feuille, toujours le même mode de dépliement, et la même limite, toujours des feuilles symétriques à elles- mêmes, symétriquement suspendues ! Tente encore une feuille! — La même! Encore une autre! La même ! Rien en somme ne saurait les arrêter que soudain cette remarque : « L’on ne sort pas des arbres par des moyens d’arbres. « Une nouvelle lassitude, et un nouveau retournement moral. « Laissons tout ça jaunir, et tomber. Vienne le taciturne état, le dépoulllement, l’automne. »