Disertation

essay B

Ainsi, Ionesco, auteur dramatique contemporain, sans doute soucieux d’attirer à nouveau le public dans les salles, établit une nalogie qui peut paraître paradoxale entre une pièce de théâtre et un match. En quoi ces deux phé comparaison, un peu définies par les spéci Swip next page match n’ont-ils pas d . Des ressemblances t-ils ? as des limites, ? Au fond, pièce et fférents ? Le recours à un vocabulaire commun témoigne des ressemblances entre théâtre et match : au théâtre comme dans un stade, on parle d’action ; de même, on joue une pièce et on joue un match…

Dans les deux cas, on a affaire à un spectacle donné devant un public venu y assister, dans un lieu déterminé, et qui dure sensiblement le même temps (environ une heure et emie). 1. Des contraintes humaines et matérielles Tous deux nécessitent un élément humain, indispensable : acteurs et joueurs sont des êtres humains en chair et en os qui font vivre le jeu ou la pièce, soutienne to next page soutiennent l’action et la présentent au public.

Ainsi, chaque acteur se voit attribuer un rôle, un personnage, comparable à l’une des positions occupée par un joueur dans un match. Dans certaines comédies, les rôles sont des types : l’ingénue, le père noble, ou le valet… Dans le match, les positions (aile gauche, centre, avant droit) sont également fixes. Ainsi, un match de football ressemble presque à une comédie de Molière, où les types de personnages sont déterminés. Cunivers théâtral et sportif exige aussi quelqu’un qui, des coulisses, « tire les ficelles qui organise jeux de scène et stratégie.

Au théâtre, c’est la fonction du metteur en scène, responsable de la pièce et surtout de la représentation : il distribue aux acteurs des conseils techniques, s’occupe du décor et dirige toute une équipe de maquilleurs, de décorateurs… Les acteurs respectent sa mise en scène et ses idées, en y ajoutant des détails personnels. Dans un match, c’est l’entraîneur qui joue ce rôle : il dispose les joueurs selon leurs aptitudes (tout comme le metteur en scène distribue des rôles), construit la stratégie d’attaque et de défense dans un travail d’équipe.

Des metteurs en scène comme Robert Hossein ou Ariane Mnouchkine et un entraineur comme Laurent Blanc effectuent un travail similaire. D’ailleurs, metteur en scène et entraîneur, avant de l’être, ont généralement été eux-mêmes acteurs ou joueurs. Outre le « matériel » humain, le match et la pièce de théâtre requièrent la présence d’accessoires. Dans le match, le ballon joue un rôle indispensable, qui se traduit p 2 d’accessoires. Dans le match, le ballon joue un rôle indispensable, qui se traduit par le fait que, souvent, le jeu prend le nom de la balle football, baseball, basketball.

La pièce de théâtre peut aussi comprendre un accessoire indispensable : le chapeau dans Un chapeau de paille d’Italie de Labiche, la « chère cassette » d’Harpagon dans L’Avare de Molière. 2. La nécessité d’un public Pièce et match sont des événements sociaux, des fêtes collectives. De ce fait, ils ont besoin d’un public qui ressent des émotions orsqu’un joueur fait une belle action, tout comme lorsque Figaro réussit à tromper le vieux Bartholo ou au contraire est démasqué. Sans un public qui y participe activement, le divertissement ne peut vraiment prendre vie.

Les sportifs soulignent l’importance d’un bon public de supporters qui interagit avec eux. Au théâtre, l’interaction prend parfois la forme d’un dialogue direct entre un personnage et le public PHarpagon de Molière, dans la crise de folie qui suit le vol de son or, s’en prend au public et le supplie . « N’y a-t-il personne qui veuille me ressusciter en me rendant mon cher argent ? Ils me regardent tous… » 3. L’obéissance à des règles et un schéma similaire Ces deux types de spectacles impliquent aussi l’obéissance à des règles.

Dans un match, Varbitre inflige un carton aux joueurs qui ne les respectent pas et la violence est interdite. Le théâtre a lui aussi ses règles, particulièrement rigoureuses au xviie siècle (unités de lieu, de temps et d’action, bienséances) : la violence, le sang, les manifestations intempestives 3 de temps et d’action, bienséances) : la violence, le sang, les manifestations intempestives étaient alors bannis de la scène. S’il est soumis à des règles moins strictes, le théâtre du xxe siècle obéit néanmoins à des conventions communes à tout spectacle dramatique.

Le déroulement de ces deux « spectacles » suit un schéma très similaire : les deux mi-temps d’un match, séparées par une interruption, ressemblent aux actes, séparés par des entractes, des pièces de théâtre. Tous deux comportent des temps forts belles actions près du but dans un match, moments de tension extrême dans certaines scènes de tragédies, telle que la rencontre entre Camille et son frère Horace (Corneille, Horace) u’elle défie avec un tel mépris qu’il finit par la tuer de colère.

L’affrontement est à la source de la dynamique sportive qui se construit sur la lutte entre deux joueurs ou deux équipes. Au théâtre, l’action repose aussi sur des oppositions : conflit entre maître et valet, depuis l’Antiquité jusqu’aux Bonnes de Genet conflits entre deux (voire, trois dans Hernani) hommes pour gagner le cœur de la même femme ; conflits entre parents et enfants… Le plus souvent, dans la pièce, des clans (des équipes ? se forment : dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais, le omte Almaviva, Rosine, la jeune amoureuse, et Figaro, le valet, s’opposent à Bartholo, le vieux médecin et à son acolyte Bazile. Les heurts qui les opposent marquent les temps forts de l’intrigue, tout comme sur un terrain de sport. Il. Les limites de la comparaison : spécificité de la pièce de théâtre Malgré tous 4 de sport. Malgré tous ces éléments communs, peut-on vraiment, avec Ionesco, pousser la comparaison jusqu’au bout ? 1.

Les conventions d’espace et de temps Tout d’abord, le match se déroule dans un seul lieu, réel et perçu comme tel : le stade. Au théâtre, le lieu réel – la salle – disparait t, transfiguré, devient, le temps du spectacle, un ailleurs. Le décor représente divers lieux, ceux de la fiction : dans Dom Juan, l’action passe du palais à la campagne, à la forêt, au tombeau du Commandeur, pour revenir à l’appartement de Dom Juan dans le palais. Le décor crée un monde, alors qu’un stade ne « représente » rien. 2.

La structure interne, la notion d’intrigue et la parole Une pièce et un match se différencient aussi par leur structure interne, leur composition. Certes, un match repose sur un conflit qui oppose des équipes adverses ; certes, il comporte des coups de théâtre, mais il ne résente pas de véritable intrigue. La pièce, elle, est fondée sur une action qui se noue, s’échafaude et se complique petit à petit jusqu’au point culminant, puis se dénoue. Parfois même, les fils de plusieurs actions se mêlent pour devenir un imbroglio où le spectateur se perd.

Parfois encore, par la mise en abyme, comme dans Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare ou L’Illusion comique de Corneille, une pièce se joue à l’intérieur de la pièce elle-même. Enfin et surtout, la parole joue un rôle fondamental dans une pièce – notamment dans la tragédie classique, très pauvre en idascalies au poin S fondamental dans une pièce – notamment dans la tragédie classique, très pauvre en didascalies -, au point qu’Antonin Artaud définit le théâtre occidental comme le « théâtre de la parole » : paroles échangées entre les personnages mais aussi paroles adressées au public. . Le message au-delà de l’émotion Par voie de conséquence, les effets produits sur le public par un spectacle théâtral et par un match diffèrent. Le théâtre dépasse généralement la simple dimension de divertissement : le spectateur peut se mettre dans la peau d’un ersonnage et, par identification, ressentir haine, passion… Pendant le match, le supporter admire le joueur, mais ne s’identifie pas vraiment à lui. Émotions et sentiments suscités sont simples : joie quand l’équipe favorite l’emporte, anxiété et déception dans le cas contraire.

Si certaines œuvres – telles les farces avec leurs « marionnettes » humaines destinées à faire rire – ne comportent aucune leçon, la plupart des pièces, les actions des personnages, l’issue de l’intrigue incitent le spectateur à la réflexion et prennent une portée morale : quelle décision aurions-nous prise à la place de Rodrigue en proie au dilemme « laisser un affront impuni » ou « venger [son] honneur » ? ou encore à la place d’Antigone ?

Les comédies de Molière, conformément à l’expression latine castigat ridendo mores, apportent un enseignement à leur public. Ainsi la pièce donne une vision du monde et de Phomme. Le match, lui, ne prétend pas donner à réfléchir sur la condition humaine. À part tactique et stratégie, le joueur ne communique pas la condition humaine. À part tactique et stratégie, le joueur ne communique pas d’enseignement a son supporter. L’acteur, qui a ne position d’intermédiaire entre l’auteur et le public, transmet travers son personnage une conception de la vie. Ill.

Des perspectives différentes : l’illusion et le rapport au réel Enfin, théâtre et match diffèrent fondamentalement parce que ce sont deux « arts » qui n’ont pas le même rapport au réel. 1. Le rôle de Pillusion Le théâtre est le domaine de l’illusion, du masque, de la double perspective. À la différence du match, où le joueur reste lui- même, l’acteur a une double identité : il est lui-même et le personnage. Elle peut même être triple, lorsque le personnage oue lui-même un rôle : c’est le cas de Toinette dans Le Malade imaginaire, déguisée en médecin. l’inverse, le spectateur accepte de perdre totalement son identité et, plongé dans le noir, il cesse d’« exister » jusqu’à ce que les lumières se rallument, le spectacle fini. Par un effet d’illusion encore, le temps au théâtre est double : le public qui a passé deux heures dans son fauteuil a suivi les personnages plus d’une journée, parfois plusieurs jours, voire des années : l’action représentée dans Cyrano de Bergerac retrace dix années de la vie de Roxane et de Cyrano. Dans un stade, le temps du spectacle, de 1’« intrigue », coïncide avec celui du match. . Une pièce de théâtre la même et pourtant jamais identique Enfin, la pièce préexiste au spectacle et reste toujours identique même si l’acteur doit créer Pillusion que l’action se déroule pour la reste toujours identique même si Pacteur doit créer l’illusion que l’action se déroule pour la première fois sous nos yeux, il dit un texte appris. Même histoire, mêmes mots… Le match, lui, est unique et, une fois joué, il ne se reproduira pas. Néanmoins, une pièce est aussi à chaque fois différente, au ré des mises en scène, des acteurs et même du public.

La mise en scène de L’Avare avec Jean Vilar, Harpagon inquiétant et monstrueux, et celle avec Charles Mauclair, Harpagon malin et amusant, composent un Avare totalement différent, tantôt tragédie tantôt pure comédie. La pièce, bien que figée dans son texte et dans son action, fruit de créateurs toujours nouveaux, n’est jamais achevée. Enfin, le théâtre défie la réalité et joue avec elle, l’imitant sans vraiment y adhérer. Le match, lui, est un art de la réalité simple, directement perçue : il y a adéquation entre ce que l’on voit et e qui est, sans effets trompeurs.