ÉCOTOURISME

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iuédgenève institut universitaire graduate institute d’études du développement of development studies Itinéraires « Ecotourisme » ou « tourisme durable » entre la théorie et la pratique Sculpture en céramique et photos de Claude Albana Presset, Rivière, 2004. Principes déclarés et arguments publicit Dorothy Jula PREZZA Etudes du développe ITINÉRAIRES 56 S. wp next page es Etudes du développement no 12 « ÉCOTOURISME » OU « TOURISME DURABLE » ENTRE LA THEORIE ET LA PRATIQUE et arguments publicitaires en Amazonie @ IUED, juin 2000 27 La forme du discours 29 Un discours prescriptif

De l’usage des procédés verbaux 30 Pour une réorganisation du discours 32 Acteurs et attentes du tourisme écologique ou durable 33 Sociocentrisme et présupposés du discours 38 CHAPITRE 3 « ECOTOURISME» OU « TOURISME DURABLE EN PRATIQUE ANALYSE DES ARGUMENTS PUBLICITAIRES EN AMAZONIE « Kapawi : un projet d’écotourisme coparticipatif » Les arguments publicitaires Les Achuar Autres expériences « au cœur de l’Amazonie » Les arguments officiels Les arguments des voyagistes 43 45 47 52 54 CONCLUSION 59 3 2 OF nécessairement « authentiques ».

Avec, en prime, la bonne conscience que procure le sentiment de auvegarder l’environnement tout en contribuant au « développement Réalité ou illusion ? C’est à cette question que Dorothy Prezza cherche à répondre, en examinant les « aventures amazoniennes » proposées par certaines agences de voyages. Mais on peut aussi lire ce texte comme un subtil exercice d’analyse de contenu des grandes déclarations qui sont censées promouvoir et régler l’écotourisme.

Quel est le sens Implicite de ces grands principes, proclamés tout à la fois par les organisations internationales, les gardiens de l’environnement et les voyagistes eux-mêmes ? Au prix e quels compromis ? De quelle légitimité peuvent-ils se prévaloir pour parler au nom de « communautés » dont le rôle oscille entre celui d’acteurs, sujets de leur histoire, et celui d’acteurs de spectacle, ou d’objets touristiques ? Quelque lecture que l’on privilégie – et les deux peuvent être simultanées ! n sera sensible à l’esprit critique qui irrigue l’ensemble du propos. Il n’est jamais facile de s’opposer aux modes, en l’occurrence celle du discours politiquement correct qui oblige à qualifier de durables les activités les plus éphémères, et celle que cherchent à imposer omme signe de distinction – les nouveaux aristocrates du voyage, en réinterprétant le mythe du bon sauvage associé à la conviction de faire le bien.

D’où l’intérêt du travail de Dorothy Prezza qui, à partir dun thème très spécifique, parvient à élargir le débat à des questions plu ncernent les 3 OF uns recherchent d’abord leur plaisir et que les autres en fassent une source de profit, que la « découverte » d’écosystèmes inexplorés s’accorde avec leur conservation, que l’a ensauvagement » des riches devienne la condition du « développement » des pauvres ? On pourra objecter que ces questions ne sont pas nouvelles.

Et se consoler en constatant qu’elles sont… durables. D’où l’urgence de sy intéresser. Gilbert RIST 5 6 INTRODUCTION « Le tourisme se développe depuis un certain nombre d’années selon des conceptions de plus en plus fragmentées et diversifiées. Les activités touristiques s’organisent soit selon les destinations spécifiques, comme le littoral, le milieu rural ou la montagne, soit selon les filières comme le tourisme culturel, de santé, sportif, industriel… … ]. Aux différentes conceptions en fonction de logiques de destinations et e filières s’ajoutent, depuis le début des années quatre-vingt, des conceptions en fonction des logiques de développement. »1 C’est notamment la pratique du tourisme alternatif qui a donné lieu, tout au long de la décennie passée, à de nombreux débats dans les milieux de l’industrie touristique.

Présentée comme une solution au tourisme de masse, cette conception 4 OF notions en apparence plus significatives, comme celles d’écotourisme — forme abrégée de « tourisme écologique » et de tourisme durable. A la différence de l’épithète alternatif, ces deux expressions ont onnu une diffusion de plus grande ampleur, et cela notamment grâce à leur connotation environnementaliste et à la popularité acquise par ce genre d’arguments depuis la Conférence de Rio en 1992, qui a généralisé l’usage de la notion de développement durable.

Depuis lors, les textes essayant de définir les critères de ces « nouvelles formes » de tourisme, qui d’après certains auteurs, feraient partie de la catégorie plus ample du tourisme de nature2 , se sont multipliés et ont été l’occasion, pour les groupes d’acteurs les plus variés – des opérateurs touristiques aux agences de oyages, des organisations internationales aux organisations non gouvernementales de protection de la nature ou d’aide aux peuples autochtones3 de prendre position.

Dans tous ces cas, et dans bien d’autres encore, la pratique touristique prônée est présentée à travers un certain nombre de principes qui en décrivent Vidéal ; or, l’idéal diverge, par définition, de la réalité qui est pourtant appelée à sy conformer.

L’Amazonie, de par ses caractéristiques écologiques qui poussent à une représentation en termes de « réservoir de biodiversité et de par la présence de opulations auxquelles ont été attribuées les images les plus diversifiées, est considérée comme une destination p s voyagistes et les S 56 France, Grande-Bretagne et Portugal », in ZERBI Maria Chiara (a cura di), Turismo sostenibile in ambienti fragili. Problemi e prospettive degli spazi rurali, delle alte terre e delle aree estreme, Quaderni dl Acme, na 32, Bologna : Cisalpino/Monduzzi, 1 998, p. 7. CEBALLOS-LASCLJRAIN Hector, Tourism, Ecotourism and Protected Areas : The State of Nature-Based Tourism around the World and Guidelines for its Development, Gland/cambridge : IUCN, 1996, p. 20. Nous sommes consciente des débats qui existent autour de l’utilisation des notions de peuple et population, ainsi que de celle d’indigènes, qui est aujourd’hui perçue comme une émanation de pratiques anthropologiques dépassées, à laquelle ont été rattachées des connotations négatives et qui, par conséquent, est considérée comme politiquement incorrecte.

Nous ne désirons cependant pas entrer dans de tels débats ni inscrire notre travail dans un registre politique ; par conséquent, nous utiliserons, dans les pages suivantes, les quatre concepts peuple, population, indigènes et autochtones comme ynonymes, d’autant plus que les termes autochtones et indigènes dérivent tout simplement de deux racines différentes, l’une grecque et l’autre latine. 7 complexes touristiques et les propositions de séjours dans cette région ne cessent donc de se multiplier, en posant d’importantes questions quant aux visées et aux fondements implicites de l’écotourisme ou tourisme durable.

Problématique Un premier questionnement doit à notre avis porter sur la terminologie. Les S OF leur pertinence, sur les catégories d’acteurs qui y font recours et sur les différents usages qui en sont faits. Plus particulièrement, nous nous emandons en quoi parler de tourisme durable et d’écotourisme ne revient pas au même4. Notre hypothèse à cet égard est que sous une apparente diversité se cache la même pratique et que le fait de préférer le terme d’écotourisme à la locution de tourisme durable et vice versa varie selon la catégorie d’acteurs, le choix de l’un ou de l’autre terme renvoyant aux doctrines privilégiées.

Mais qui sont donc les acteurs qui participent à la diffusion des principes et à la promotion de la pratique du tourisme durable ou écologique ? Et comment déterminer l’optique dans laquelle ils s’inscrivent ? Les textes théoriques en matière de tourisme écologique ne cessent de proliférer ; parmi ceux-ci, nous pouvons identifier une catégorie dont le but manifeste est de définir les principes de la pratique et dont les composantes se présentent sous les appellations, entre autres, de codes de conduite, chartes, lignes directrices, décalogues ou déclarations.

Or, de qui et de quoi parlent les rédacteurs de ces documents ? En d’autres termes, quels acteurs sont-ils censés participer au tourisme écologique ou durable et quels sont les arguments avancés pour définir cette pratique ? Quelles sont, e plus, les attentes des divers producteurs de discours ? Une analyse en profondeur de l’écotourisme ou tourisme durable appelle aussi, à notre avis, un questionnement sur les fondements qui sont ? ratique et que nous OF nous portent à réfléchir à ce qui est dit dans la théorie, un autre volet de l’analyse nous permettra d’étudier la pratique.

Comment les idéaux exprimés sur le plan théorique sont-ils pris en compte et appliqués sur le terrain ? Principes et réalisations concrètes pouvant souvent différer, quelles seraient les contradictions entre documents déclaratoires et cas réels ? Tout comme il est intéressant d’analyser la place donnée aux différents arguments dans la formulation des principes, cette même question peut être posée aussi dans le cas des pratiques, et notamment dans l’analyse des publicités qui promeuvent les durables ou écologiques.

A Himage de ce qui arrive dans d’autres sphères du champ du développement, et en particulier dans le domaine de la coopération, la référence au modèle participatif, si à la mode de nos jours, ne manque pas en matière touristique. L’approche participative, à laquelle tout argument de développement semble désormais devoir éférer, renforce donc la présence dans le monde du tourisme des acteurs « du dedans » et, dans le cas spécifique de l’Amazonie, des populations indigènes.

Or, le fait de parler de participation ne signifie pas pour autant que les acteurs qui n’avaient usque-là qu’une place marginale dans l’action jouent tout à coup un rôle déterminant. Cusage du terme « participation qui fait désormais partie du discours convenu, n’est souvent que de la poudre aux eux et, en soi, ne change pas l’état des choses et 8 OF utilisées pour exprimer une certaine tendance des activités touristiques à la responsabilité écologique.

Ainsi, tout au long de notre analyse nous allons en rencontrer d’autres, comme environmentalty responsible travel ou ecotravel, que nous préférons toutefois renvoyer aux deux premières notions qui connaissent une plus grande diffusion. sera ainsi intéressant de voir la manière dont les acteurs internes sont représentés dans les documents théoriques et dans les publicités. Plus précisément, sont-ils considérés comme des acteurs à part entière du tourisme durable ou écologique ?

Ou, en d’autres termes, sont-ils appelés à entrer dans le jeu en tant que sujets ou en tant qu’objets ? Ce questionnement parait pertinent à la lumière des représentations qui sont souvent données de ces acteurs dans les arguments publicitaires. D’« indigènes belliqueux » ? « encyclopédies vivantes »5 , les autochtones se voient en fait assigner les images les plus variées par les observateurs de l’extérieur, qui changent souvent leurs représentations selon les doctrines dominantes du moment.

Or, en quoi les images que les promoteurs touristiques se font et donnent à voir au public correspondent-elles à la trajectoire socio-historique de ces peuples ? Et quels sont les raits culturels que les promoteurs privilégient dans leurs arguments publicitaires ? Nous voyons comment une réflexion sur les pratiques touristiques pose la question des relations interculturelles. Les activités touristiques écologiques ou durables sont ainsi placée ique « responsable » 9 OF lesquelles le touriste est censé entrer en rapport.

Le sens des relations interculturelles n’étant pas donné au départ, nous estimons intéressant d’analyser celui que déclarateurs et promoteurs privilégient dans leurs discours. Cette réflexion nous semble importante pour déterminer les ratiques attendues de l’écotourisme ou tourisme durable. Méthode et démarche La méthode que nous avons choisie pour essayer d’apporter des éléments de réponse à nos questionnements est celle de l’analyse de contenu de certains documents théoriques et de brochures publicitaires concernant la région amazonienne.

Ne pouvant pas nous rendre en Amazonie pour effectuer une recherche de terrain, l’analyse des dépliants touristiques nous a, en fait, semblé la meilleure possibilité de poursuivre notre réflexion. Quant à l’analyse de contenu, nous estimons qu’à travers celle-ci il ne s’agit pas eulement d’étudier le discours produit par le locuteur, mais aussi de réfléchir à la forme qui structure ce discours, c’est-à-dire à la manière dont il est organisé et qui, en même temps, l’organise.

En ce sens, il est erroné de penser que 1’« essentiel » ne se trouve que dans le contenu « manifeste » du texte7 , parce qu’une analyse critique de la construction de ce dernier révèle autant d’éléments non visibles au premier abord et nous informe sur celui qui ci vise à produire sur le récepteur. Cette « fonc l’écrit ainsi que sur les effets que celui- ale « 8 du texte rend ainsi ISE